Ma Gonzesse
Malgré le blouson clouté,
Sur mes épaules de v'lours.
J'aim'rais bien parfois chanter,
Autre chose que la zone.
Un genre de chanson d'amour
Pour ma p'tite amazone.
Pour celle qui tous les jours
Partage mon cassoulet.
Ma gonzesse, celle que j'suis avec.
Ma princesse, celle que j'suis son mec.
Oh oh oh
Faut dire qu'elle mérite bien,
Qu'j'y consacre une chanson.
Vu que j'suis amoureux d'elle,
Un peu comme dans les films,
Ou y a tous pleins de violons
Quand le héros y meure.
Dans les bras d'une infirmière,
Qu'est très belle et qui pleure.
Et pis elle est balancée ,
Un peu comme un Mayol,
Tu sais bien les statues,
Du jardin des Tuileries.
Qui hiver comme été
Exhibent leur guibolles,
Et se gèlent le cul
Et le reste aussi.
Ma gonzesse, celle que j'suis avec.
Ma princesse, celle que j'suis son mec.
Oh oh oh
Pis faut dire qu'elle a les yeux,
Tell'ment qui sont beaux,
On dirait bien qu'ils sont bleus,
On dirait des calots.
Parfois quand elle me regarde,
J'imagine des tas de choses,
Que je réalise plus tard
Quand on se retrouve tout seul.
Si tu dis qu'elle est moche,
Tu y manques de respect,
Je t'allonge une avoine
Ce sera pas du cinoche.
Mais si tu dis qu'elle est belle,
Comme je suis très jaloux,
Je t'éclate la cervelle
Faut rien dire du tout.
De ma gonzesse, celle que j'suis avec.
Ma princesse, celle que j'suis son mec.
Oh oh oh
J'aimerais bien un c'est jour,
Y collé un marmot,
Ouais un vrai qui chiale et tout
Et qu'a tout le temps les crocs.
Elle aussi elle aimerais ça,
Mais c'est pas possible,
Son mari y veut pas
Y dis qu'on est trop jeune.
Ma gonzesse, celle que j'suis avec.
Ma princesse, celle que j'suis son mec.
Ma gonzesse, celle que j'suis avec.
Ma princesse, celle que j'suis son mec.
Celle que j'suis avec, ma princesse.
La tire à Dédé
avait les roues arquées un peu comme j'ai les jambes
Sur l'toit et sur l'capot l'avait les deux bandes blanches
Le volant en faux bois, les banquettes en vrai skaï
Le klaxon qui jouait le Pont d'la rivière Kwaï
Dédé l'avait fait r'peindre en bleu métallisé
Y disait qu'ça lui rapp'lait l'ciel de son pays
On n'a jamais bien su où qu'c'est qu'il était né
Vu qu'il était menteur comme tous ceux de sa race
Dans la tire à Dédé
J'en ai fait des virées
Quand j'y r'pense aujourd'hui
Sur ma mob je m'ennuie
Sur la lunette arrière y'avait l'autocollant
Avec « Allez les verts », et sur la vitre avant
Y'avait marqué en blanc sur un fond bleu d'azur
« Skiez à Val-d'Isère et respirez l'air pur
»
Elle pompait à peu près autant d'fuel aux cent bornes
Que Dédé buvait d'bières, mais faut dire
qu'y t'nait bien
Quand on s'tapait l'Sébastopol à 220
Pour qu'les flics nous rattrapent, il fallait qu'y s'cramponnent
Dans la tire à Dédé
J'en ai fait des virées
Quand j'y r'pense aujourd'hui
Sur ma mob je m'ennuie
Quand Dédé en tenait un coup dans les naseaux
Bien qu'j'aie pas mon permis, c'est moi qui conduisais
J'prenais qu'les sens uniques pour semer les perdreaux
Et j'bouclais ma ceinture parc'que j'suis pas givré
On embarquait des grosses qui rodaient en banlieue
Et qu'attendaient que nous pour s'éclater un peu:
« Allez montez, les filles, on s'arrache en vacances »
Dix bornes plus loin, on leur f'sait l'coup d'la panne d'essence
Dans la tire à Dédé
J'en ai fait des virées
Quand j'y r'pense aujourd'hui
Sur ma mob je m'ennuie
Mais une nuit des voyous, des vrais enfants d'salauds
Pendant qu'Dédé pionçait, z'y ont fracturé
son box
Z'y ont tiré son klaxon et son auto-radio
Ses cassettes de Mike Brant et ses jantes en inox
Dédé, le lendemain, en voyant le tableau
Lui qu'avait une santé d'académicien
S'est chopé l'infarctus dont nous causent les journaux
Et l'a cassé sa pipe tout seul au p'tit matin
Dans la tire à Dédé
J'en ai fait des virées
Quand j'y r'pense aujourd'hui
Sur ma mob je m'ennuie
Pauv' Dédé aujourd'hui est au cimetière d'Pantin
Sur sa tombe on a peint deux bandes blanches, c'est super
Sa bagnole crève douc'ment tout au fond du jardin
D'un pavillon d'banlieue, prés d'la ligne de ch'min d'fer
Les poules ont fait leur nid sur les sièges éventrés
La rouille a tout bouffé, la peinture et les chromes
Le pare-brise et les phares dégommés par les mômes
Y reste bientôt plus rien d'la pauv' tire à Dédé
Dans la tire à Dédé
J'en ai fait des virées
Quand j'y r'pense aujourd'hui
Sur ma mob je m'ennuie
Sur ma mob je m'ennuie
Chtimi rock
Depuis qu'Eddy Mitchell est allé Nashville
Tous les rockers français ont carrément flippé
Ils ont pris leur guitare et ont quitté Belleville
Pour aller faire du rock là bas au U.S.A
Ils font du rock'n-roll à Memphis Tennessee
Avec des musicos qui assurent comme des bêtes
Ils vont à New Orléans ou à New York City
Pour trouver le meilleur feeling de la plan&ète
Mais moi pour m'éclater pas b'soin d'aller si loin
Je joue du rock'n-roll à Lille Roubaix Tourcoing
Avec deux trois copains aussi mauvais que moi
On assassine Mozart, Bethov' et Chuck Berry
Avec le gros Lulu et sa guitare en bois
On fait du rock'n-roll qu'est carrément pourris
Dans les bouges de Lille et les bistrots de Tourcoing
Où la bière coule à flot sous des tonnes
de frites
On fait danser le twist et le rock au copain
En jouant des vieux tubes de Johnny et d'Elvis
On a des blousons d'cuir et des vieux mocassins
On fait du rock'n-roll à Lille Roubaix Tourcoing
Un des ces quat' matins on deviendra des pop stars
A nous les hits parade et puis à nous Guy Lux
Même si on est mauvais on garde quand même l'espoir
De connaître la gloire la fortune et le luxe
Mais on n'oublieras pas notre pays natal
Et on retournera dimanche et jour de fête
Jouer comme autrefois dans tous les festivals
Pour trouver le meilleur feeling de la planète
On laissera pas tomber tous nos anciens copains
On f'ra du rock'n-roll à Lille Roubaix Tourcoing
On f'ra du rock'n-roll à Lille Roubaix Tourcoing
On f'ra du rock'n-roll à Lille Roubaix Tourcoing
J'ai la vie qui m'pique les yeux
J'ai la vie qui m' pique les yeux
J'ai mon p'tit coeur qu'est tout bleu
Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut.
Pas beaucoup, mais un p'tit peu.
J' m'interesse plus à grand chose
Même pas fatigué, j' me r'pose
J' bois la vie à toute petite dose,
J' vois plus la couleur des roses.
Dans ma guitare, y'a plus rien
Plus une note, plus un refrain.
Dans mes doigts, y'a rien qui tient
Dans ma peau, y'a qu' du chagrin.
J'ai la vie qui m' pique les yeux
J'ai mon p'tit coeur qu'est tout bleu
Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut.
Pas beaucoup, mais un p'tit peu.
Au bistrot du temps qui passe,
J' bois un verre à la terrasse.
J' me dis qu' à l'école de l'angoisse,
J' s'rai toujours l' premier d' la classe.
Me raconter pas d'histoires:
La vie c'est une tonne de cafards
C'est toujours un fond d' tiroir,
C'est toujours un train qui part.
J'ai la vie qui m' pique les yeux,
J'ai mon p'tit coeur qu'est tout bleu
Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut.
Pas beaucoup, mais un p'tit peu.
J' voudrais vivre rien qu'en vacances,
Qu' ce soit tous les jours bizance,
Qu' ce soit tous les jours l'enfance,
Dans un monde que d'innocence.
Mais, j' vis au fond d'un abîme,
Tout seul, avec ma p'tite frime ;
Et dans mon dictionnaire de rimes,
Avec amour, y'a qu' déprime.
J'ai la vie qui m' pique les yeux,
J'ai mon p'tit coeur qu'est tout bleu
Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut.
Pas beaucoup, mais un p'tit peu.
Alors l' soir avant qu' j' me couche,
J'écoute chanter la pauv'e souche,
Les mots qui sortent de sa bouche,
Ca m' fait tout drôle, et ça m' touche.
Et tout au fond d' sa détresse
Je découvre tellement de tendresse,
Que même si j' tombe et qu j' me blesse
J' dis bonne nuit à ma tristesse.
J'ai la vie qui m' pique les yeux
J'ai mon p'tit coeur qu'est tout bleu
Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut.
Pas beaucoup, mais un p'tit peu.
J'ai la vie qui m' pique les yeux,
Heureusement, j' suis amoureux,
D'une p'tite fille qui m' rend heureux,
Pas beaucoup mais un p'tit peu.
C'est mon dernier bal
Aux cinoches de Créteil
Y jouaient que des pornos
Moi ça m'disait trop rien
J'les avais déjà vus
J'ai dit à mes copains :
Y'a un baloche à Sarcelles
On va y faire un saut,
Y'aura p't'être des morues,
Et puis ça fait un bail
Qu'on s'est plus bastonné
Avec de la flicaille
Ou des garçons bouchers
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait.
On a pris les bécanes
Et on s'est arrachés
Direction la castagne,
La bière à bon marché.
Mais on était pas seuls
On avait emmené
Deux trois amuse-gueules
Dont l'port est prohibé
On veux pas provoquer
Moi j'suis pas un fondu
Mais faut bien dire c'qui est
J'suis pas un ange non plus.
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait.
Arrivés à l'entrée
Devant la pauv' caissière
On voulait pas payer
Vingt-cinq balles, c'est trop cher
Alors on a profité
Qu'pour une fois y'avait pas
L'service d'ordre de KCP
Pour foncer dans l'tas
Et puis on s'est pointés
Direct à la buvette
Où on s'est enfilé
Chacun nos huit canettes.
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait.
Y'avait une bande de mecs
De l'autre côté d'la piste
Qui nous mataient à mort
Depuis un bon moment.
On s'est frité avec
C'était vraiment pas triste,
Puis on s'est réconcilié
D'vant une bière, en s'marrant.
D'nos jours, dans les baloches,
On s'exprime, on s'défoule :
A grands coups d'manches de pioches
Une fracture, ça dessaoule.
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait.
Et l'espèce de ringard
Qui jouait d'l'accordéon,
On y a fait bouffé
Avec ses bretelles.
Maintenant il a une belle paire
De poumons nacrés
Dès qu'y tousse un peu
Y recrache des boutons.
Quand ça a dégénéré
En baston générale
On a vu se pointer
Les milices rurales.
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait.
Avec mon flingue d'alarme
J'avais l'air d'un con
Devant la winchester
De l'adjoint au maire
Y m'a dit: " N'avance pas
Si tu bouges t'es mort "
J'aurai pas dû bouger
Maintenant je suis mort.
Dans la vie, mon p'tit gars
Y'a pas à tortiller :
Y'a rien de plus dangereux
Que de se faire tuer.
C'est mon dernier bal
J'en ai reçue une
Putain, qu'ça fait mal
De crever sous la lune !
C'est mon dernier bal
Ma dernière virée
Demain, dans l'journal
Y'aura mon portrait...
Le tango de Massy-Palaiseau
Y'a eu le tango des fauvettes
Y'a eu le tango de Manon
L' tango des bouch' et d' la Villette
Et le tango des papillons.
Mais moi et mes copains
Celui qu'on aime par dessus tout
Celui qui nous rend vraiment fou
C'est le plus grand, c'est le plus beau.
C'est la tango de Massy-Palaiseau.
Avec le piano à bretelles
Qui nous balance son tremollo
Avec la soupe aux vermicelles
Qui fait de nous des grands costauds.
On fait danser les demoiselles
en jouant les Marlon Brando
Faut les voir tourner les sauterelles
Là bas du coté d' Longjumeau
C'est le tango de Massy-Palaiseau.
Et quand Landru ce vieux salaud
Coupa sa femme en p'tits morceaux
Elle lui d'manda dans un sanglot
Je t'en pris ne me scie pas les os
Il répondit : " Je fais c' que veux
Car je suis le roi du tango
Et je le danse beaucoup mieux
Que Rudolphe Valentino "
C'est le tango de Massy-Palaiseau.
C'est en forgeant qu'on d'vient forgeron
C'est en mangeant l' la soupe qu'on grandit.
Et c'est en jouant au bûcheron
Qu' Léonard De Vinci.
Mais moi si je devint si sot
Si j'ai des soucis d'puis l' berceau
C'est parc' qu'au bout de la ligne de Sceaux
Un jour j' suis passé par Massy
C'est le tango de Massy-Palaiseau.
Et si je chante ce tango
Un peu débile, un peu rétro,
C'est pour vous dire en quelques mots
"Allez les gars : prenez l' métro
Venez faire un tour par chez moi
Où restent quelques vrais Julos
qui savent danser comme autrefois
Le tango qu'ils ont dans la peau "
C'est la tango de Massy-Palaiseau.
Chanson pour Pierrot
T'es pas né dans la rue
t'es pas né dans l'ruisseau
t'es pas un enfant perdu
pas un enfant de salaud
vu qu't'né que dans ma tête
et que tu vis dans ma peau,
j'ai construit ta planète
au fond de mon cerveau.
Pierrot
mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Depuis l'temps que j'te rêve
depuis le temps que j't'invente,
ne pas te voir, je crève,
mais je te sens dans mon ventre.
Le jour uù te t'ramènes,
j'arrête de boire,promis
au moins toute une semaine.
Ça s'ra dur, mais tant pis
Pierrot mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Qu'tu sois fils de princesse
ou qu'tu sois fils de rien,
te seras fils de tendresse
tu s'ras pas orphelin.
Mais tu ne connais pas ta mère
et je la cherche en vain
je connais que la misère
d'être tout seul sur le chemin
Pierrot mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Dans un coin de la tête
y'a déjà un trousseau:
un jean, une mobylette,
une paire de Santiago.
T'iras pas à l'école
j't'apprendrai de gros mots
on jouera au football
on ira au bistrot.
Pierrot mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Tu t'laveras pas les pognes
avant de venir à table,
et tu m'traiteras d'ivrogne
quand je piquerai ton cartable.
J't'apprendrai mes chansons,
tu les trouveras débiles
t'auras p't'être bien raison
mais j'aurais vexé quand de même.
Pierrot mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Allez, vient mon Pierrot,
tu s'ras le chef da ma bande
j'te filerai mon couteau
j't'apprendrai la truande.
Allez, viens, mon copain
j'tái trouvé une maman,
tous les trois,ça s'ra bien
Allez, viens, je t'attends.
Pierrot mon gosse, mon frangin,mon poteau
mon copain, tu m'tiens chaud
Pierrot
Salut Manouche
Quand tu t'es pointé sur la zone
Qui pousse au pied d' mon HLM,
Tu as garé ton vieux Savième
Près d'un pilonne.
Z'avez rangé vos caravanes
Comme les chariots dans un western.
Soudain dans ma banlieue minable
C'était moins terne.
Toi, ta famille, tes chiens, tes mômes,
Tes copains, tes frangins, tes poules,
C'est comme une grande bouffée d'ozone,
Quand ça déboule.
Salut l' gitan,
Salut l' manouche.
Tu t' souviens d' moi ?
Tu m'avais filé ton canif,
Toi tu t' prends toujours pour Cartouche.
Moi j'ai toujours pas mon certif.
Mario fait toujours le rémouleur,
Angelo fabrique ses paniers,
Moi j' sais bien qu' dans ces p'tits métiers,
Faut faire son beurre.
Il faut avoir des à coté,
Toi t'en as toujours eu un max,
Du genre qui font que quand t'es gaulé,
Et ben tu casques.
Tiré la bagnole à un cave,
J'appelle pourtant pas ça un crime :
C'est toujours aux bourgeois qui friment
Qu' tu les chouraves.
Salut l' gitan,
Salut l' manouche.
Tu t' souviens d' moi ?
Tu m'avais filé ton vieux peigne,
cigarillo au coin d' la bouche,
T'as bien toujours la même dégaine.
T'as toujours ton sacré clébard,
Croisement d' bâtard avec bâtard ;
Tu voulais m' le vendre un milliard,
J' les avais pas.
T'as encore un nouveau tatouage,
Moi j'ai fait trois points sur la main.
Et j' me suis fait percé l'oreille
Par un copain.
Mais ça plaisait pas au dirlo,
Alors y' m'a viré d' l'école.
Si j' le croise dans la rue c' mariole
J' lui fait la peau.
Salut l' gitan,
Salut l' manouche,
Tu t' souviens d' moi ?
T'avais failli m' donner ta montre,
Ma mère m'a dit qu' t'avais l'air louche.
Moi j' me fous d' c' que les vieux racontent.
Si tu r'tournes bientôt aux baumettes
Essaie d' dire bonjour à mon vieux :
Dis-y qu' j'ai r'trouvé ses lunettes
Au d'sous son pieu.
Dis-y qu'y s'inquiète pas pour moi :
Son fiston c'est pas un gageo.
Dès qu' j'ai quinze ans j' trouve un boulot
Et j' fais comme toi :
J' me paye une vieille DS ruinée
Une caravane et un clébard,
Je laisse les cons dans leur clapier,
Et puis j' me barre.
Salut l' gitan,
Salut l' manouche,
Tu t' souviens d' moi ?
Tu m'avais filé ton canif.
Toi, tu t'prends toujours pours Cartouche.
Moi, j'ai toujours pas mon certif'.
Peau Aime
J'ai garé ma mobylette
Devant l'entrée des artistes
J'ai laissé la porte ouverte
Pour avoir un oeil sur elle.
Il faudrait pas qu'on profite
Que j'suis en train d' vendre ma cam'lote
Pour s'débiner sur ma chiotte.
J'ai beau mettre des antivols,
Ça fait la neuvième qu'on m'pique,
Ça fait la onzième que j'vole.
Quoi ?
Qui c'est qui dit qu'c'est pas vrai ?
Toi ?
Bah t'as raison mon pote.
J'ai jamais eu d'mobylette
Ou alors quand j'étais p'tit,
Et j'l'avais acheté avec les ronds d'mes économies.
Laisse béton, j'démystifie.
Non, maintenant j'ai une Harley,
Une grosse qu'a un grand guidon, une grande fourche, une grande
roue
Un grand trou dans mon budget.
Ma bécane, c'est comme un ch'val.
Ca tombe bien, j'suis conçu pour :
Elle est faite pour épouser la forme de mes jambes arquées.
Sans blague, t'avais pas r'marqué ?
Avec elle, j'suis un cow-boy,
J' suis shérif dans mon quartier.
Porte d'Orléans, j'fais la loi.
Par ici on y croit pas.
Dans l'quartier, on m' traite de goye.
C'était pour rimer avec cow-boy.
Et tous les apaches de Paris
Qu'y m'voient passer sur ma bête,
Y s'fendent la gueule : c'est pas gentil.
Laisse béton, j'démystifie.
J'ai laissé mon perfecto
Derrière, dans la coulisse,
Accroché au portemanteau
Et pis j'ai eu peur qu'i'glisse
Entre les doigts du tôlier que
Bien qu'ce soit un brave mec,
Qu'aimerai bien m'le chouraver.
Alors j'viens sur scène avec.
Là, j'ai un insigne SS,
L'initiale de ma gonzesse,
Que c'est même pas ma gonzesse,
C'est la femme à mon copain,
Que c'est même pas mon copain.
Parce que moi j'ai pas d'copains,
Pas d'amis, pas d'parents, pas d'relations.
Ma famille c'est la prison,
Mon copain, c'est mon blouson, c'est mon surin.
Quoi ?
Qui c'est qui dit qu'c'est pas vrai ?
Toi ?
Bah t'as raison mon pote.
Des copains j'en ai des tonnes
Toutes les nuits dans tous les rades,
Tous les paumés, tous les ivrognes,
Tous les fous, tous les malades,
Qui devant un perroquet, une Kanter ou un p'tit joint
S'déballonnent dans un hoquet,
Et r'font l'monde à leur image.
Tous ces mecs c'est mes copains.
Touche pas à mon copain.
" Sort dehors si t'es un homme ! "
Moi, euh, dans ces cas là, j'sors pas.
Dans ma tête, j'suis pas un homme,
Dans ma tête, j'ai quatorze ans ;
Dans les muscles aussi d'ailleurs.
J'parlais des muscles des bras.
" Eh, tu veux m'casser la tête ?
Bah qu'est-ce t'attends ? Vas-y ? "
Laisse béton, j'démystifie.
Sur l'bras droit, j'ai un tatouage :
Y'a une fleur, y'a un oiseau, qui s'envolera plus jamais,
Pis y'a l'prénom d'une souris. Une souris qu'est tellement
belle,
Qu'i'faudrait qu'j'm'appelle Verlaine pour trouver les mots pour
la décrire un peu,
Mais j'vais essayer quand même.
Dans ces yeux, y'a tant d'soleil,
Que quand elle me r'garde, je bronze.
Dans son sourire, y'a la mer,
Quand elle me parle, je plonge.
Quand j's'rai grand, on s'mariera,
Pis on aura plein d'enfants,
Même que ce s'ra un garçon,
même qu'i's'appellera Pierrot.
" Eh ! Laisse moi fermer les yeux, Ouais, laisse moi rêver
un peu. "
Sur l'bras gauche y'en a un autre :
Un poulbot qui a une gueule d'ange
Et qui joue d'l'accordéon.
Pis en d' sous y'a mon prénom.
Euh, y'en a qu'ça dérange ?
Dans l'dos, j'voulais faire tatouer un aigle,
aux ailes déployées,
On m'a dit : " Y'a pas la place.
Nan, t'es pas assez carré, alors t'auras un moineau. "
Eh, y'a des moineaux rapaces.
Ca fait marrer mes conneries ?
Laisse béton, j'démystifie.
Bon c'est l'heure, moi j'ai fini,
J'vous vois tout à l'heure au bar,
J'vais m'jeter un p'tit Ricard,
Et ça, c'est pas des conneries.