regardez bourgeois !
(1969)
C'était à prévoir
Je l'avais prédit
Encore l'abattoir
Encore la tuerie
Les flics rouillés
Depuis Mai dernier
Ressortent des cars
Avec leurs pétards
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
Comble de malheur
Nos petits pavés
Ne sont pas en fleur
On les a noyés
Sous le macadam
Ils sont engloutis
Nous prendrons d'autres armes
Couteaux ou fusils
Refrain:
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
Dans les bidonvilles
D'Aubervillers
Dans ceux de Belleville
On en a assez
De tous les cachots
Monte la colère
Montent les impôts
Baissent les salaires
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
Les casernes dégueulent
Leurs soldats de bois
Leurs soldats de plomb
Ou je ne sais quoi
Le sol est jonché
D'un sang rouge et noir
Qui vient arroser
Les pieds du pouvoir
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
Le pays entier
Est paralysé
Usines occupées
Grève illimitée
Les facs ne sont
Plus que des bastions
Où sont éduqués
Tous les enragés
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
La révolte éclate
Les grenades aussi
Drapeaux écarlates
Partout sont brandis
Guérille urbaine
On tire des toits
Les lacrymogènes
Pètent ça et là
Regardez bourgeois
Et la prochaine fois
Vous ne voterez pas!
Regardez bourgeois
Regarde papa
Pompidou est là!
C.A.L EN BOURSE
La grenade qu'un CRS m'a envoyée
L'autre soir au Quartier m'a beaucoup fait pleurer,
J'ai rejoint en courant la place Edmond-Rostand,
Y'avait des flics partout, et pourtant j'en rosse tant!
Dans la semaine ils mettent leurs petits PV,
Et le vendredi soir relancent nos pavés
Ces bourreaux, ces SS, qui nous filent des mornifles
Et qu'on attaque sans peur à coups de canif!
Les flics ne cognent jamais de la même façon,
Tout dépend de la fille, tout dépend du garçon,
Moi je suis le polisson du centre Beaujon.
Là j'ai connu un flic que l'on appelle Eugène,
Car sa spécialité c'est la lacrymogène;
Je lui ai dit cent fois: "Arrête les crimes, Eugène!"
Ethiopie
interprétée par Chanteurs
sans frontières
(R. Séchan / F.Langolff)
Ils n'ont jamais vu la pluie
Ils ne savent même plus sourire
Ils n'y a même plus de larmes
Dans leurs yeux si grands
Les enfants d'Ethiopie
Embarqués sur un navire
Qui n'a plus ni voiles ni rames
Attendent le vent
Loin du coeur et loin des yeux
De nos villes, de nos banlieues
L'Ethiopie meurt peu à peu
Peu à peu
Rien qu'une chanson pour eux
Pour ne plus fermer les yeux
C'est beaucoup et c'est bien peu
C'est bien peu
Mais à chaque enfant qui tombe
Qui meurt loin des yeux de l'occident
Notre ciel devient plus sombre
Et notre avenir moins grand
Sur cette terre de sécheresse
Ne fleurissent que les tombes
Malgré toutes nos richesses
Leur soleil nous fait de l'ombre
Loin du coeur et loin des yeux
De nos villes, de nos banlieues
L'Ethiopie meurt peu à peu
Peu à peu
Donnons-leur des lendemains
En échange de rien
Donnons-leur la vie
Seulement la vie
Chez nous la forêt succombe
La-bas, le désert avance
Plus vite que la colombe
Dans un ciel d'indifférence
Les enfants du tiers monde
N'ont que l'ombre d'une chance
Chaque jour, chaque seconde
Faisons taire le silence
Loin du coeur et loin des yeux
De nos villes, de nos banlieues
L'Ethiopie meurt peu à peu
Peu à peu ...
Fallait pas !
(R. Séchan / Khalil Chahine)
J'ai pas inventé l'eau tiède
Ni la machine à cintrer
Les bananes,
Alors forcément ça aide
Pour te r'trouver attifé
D'une soutane,
Une cagoule du Ku-Klux-Klan
Sur ta tête toute pleine de vent,
Tu t'distingues
En faisant brûler d'l'encens
Dans une cave avec des glands
Frapadingues !
Fallait pas ? Ben ouais, j'suis
comme ça:
J'veux un Jésus, un Krishna,
Pour m'éviter les faux-pas...
Fallait pas ? Ben ouais, mais j'ai pas l'choix:
J'veux un messie, un gourou,
Pour me protéger des coups !
Et ben quoi ?
T'as ton patron, ton p'tit chef,
Ta belle-mère, ton percepteur,
Sur le dos,
T'as Jésus, Marie, Joseph
Au d'ssus d'ton téléviseur
En photo,
Chacun sa croix, sa bannière,
Chacun son Dieu ou son maître,
Son Zorro,
Moi j'ai trouvé d'la lumière
Chez les allumés d'une secte
De barjots !
Fallait pas ? Ben ouais, j'suis
comme ça:
J'veux un Jésus, un Krishna,
Pour m'éviter les faux-pas...
Fallait pas ? Ben ouais, mais j'suis
comme ça:
J'veux un messie, un gourou,
Pour me protéger des coups !
Et ben quoi ?
Je voyage sans valise
Sur les chemins d'la conscience
Du Grand Prêtre,
'Veut foutre le feu à l'église
Me d'mande d'lui trouver d'l'essence,
Des allumettes,
'Veut carboniser ses ouailles
Et s'débiner, j'imagine,
Aussi sec,
J'vais lui coller une mandale,
Lui faire passer l'goût du crime
A ce pauvr'mec !
Fallait pas ? T'as raison, mon p'tit gars !
J'veux plus plus d'Jésus, plus d'Krishna
Et j'vais arrêter l'yoga !
Fallait pas ! En fait t'as toujours le choix !
J'veux plus d'messie, plus d'gourou,
Pour me protéger des coups
J'ai mes p'tits bras !
T'as raison mon p'tit gars !
J'veux plus d'Jésus, plus d'Krishna,
Et tant pis pour mon karma !
Fallait pas ! En fait t'as toujours le choix !
J'veux plus d'messie, plus d'gourou,
Pour me protéger des coups
J'ai mes p'tits bras !
la goberge
(1969)
-Si je suis venu chanter ce soir
Pendant que vous vous gobergez
Si je suis venu chanter trop tard
Peut-être pour que vous m'écoutiez
C'est que je veux pas que vous dormiez
Votre conscience sous l'oreiller
Quand mes amis sont torturés
Mes amis, je les connais pas
Mes amis sont ici ou là
Mes amis sont les exploités
Tous ceux sur lesquels vous crachez
Mes amis sont les ouvriers
Si je suis venu chanter ce soir
Pendant que vous vous gobergez
Si je suis venu chanter trop tard
Peut-être pour que vous m'écoutiez
C'est que je veux pas que vous dormiez
Et que vos rêves soient dorés
Quand mon pays est enchaîné
Mon pays, je le connais pas
Mon pays est ici ou là
Mon pays, c'est un champ de blé
Où vous ne mettrez jamais les pieds
Mon pays, c'est la liberté
Si je suis venu chanter ce soir
Pendant que vous vous gobergez
Si je suis venu chanter trop tard
Peut-être pour que vous m'écoutiez
C'est que je veux pas que vous dormiez
Et que vos nuits soient sans danger
Quand mon amour se fait violer
Mon amour, je le connais pas
Mon amour est ici ou là
Mon amour est emprisonné
Toujours trahi, souvent bafoué
Mon amour, c'est la vérité
Si je suis venu chanter ce soir
Pendant que vous vous gobergez
Si je suis venu chanter trop tard
Peut-être pour que vous m'écoutiez
C'est que je veux pas que vous dormiez
C'est que je voudrais vous voir crever
Quand le pouvoir sera jugé
Le pouvoir, je le connais bien
Le pouvoir est entre vos mains
C'est celui des flics et des curés
Sur qui je suis venu cracher
Pour qui je suis venu chanter
OISEAUX DE PASSAGE
( Poème de Jean Richepin / Musique de Georges Brassens)
O vie heureuse des bourgeois! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne,
Ca lui suffit: il sait que l'amour n'a qu'un temps.
Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir, il faut voir
Cette jeune oie en pleurs: "C'est là que je suis née;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir."
Elle a fait son devoir! C'est-à-dire que oncque
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.
Et tous sont ainsi faits! Vivre la même vie
Toujours, pour ces gens-là cela n'est point hideux.
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.
Ils n'ont aucun besoin de baiser sur les lèvres
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Possèdent pour tout coeur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans!
Oh! les gens bienheureux!... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils? Qui sont-ils? Comme ils sont loin du sol!
Regardez-les passer! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent ferait éclater vos poumons.
Regardez-les! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.
Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volailles comme vous.
Mais ils sont avant tout des fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous.
Regardez-les vieux coq, jeune oie édifiante!
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux,
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.
RAVACHOL...
Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
qu'avait des idées folles, des idées terroristes.
Il fabriquait des bombes et les faisait sauter
pour emmerder le monde, les bourgeois, les curés.
A la porte des banques, dans les commissariats,
ça f'sait un double-bang, j'aurais aimé voir ça.
Mais un jour il fut trahi par sa meilleure amie,
livré à la police, la prétendue justice.
Au cours de son procès, il déclara notamment
n'avoir tué aucun innocent,
vu qu'il n'avait frappé que la bourgeoisie,
que les flics, les curés, les fonctionnaires pourris.
Mais le juge dit : Ravachol, on a trop discuté,
tu n'as plus la parole, maint'nant on va trancher!
Devant la guillotine il cita, ben voyons,
le camarade Bakounine et l'camarade Proudhon :
Si tu veux etre heureux pends ton propriétaire,
coupe les curés en deux, tue les p'tits fonctionnaires!
Son exemple fut suivi quelques années plus tard
par Emile Henry, autre ennemi du pouvoir.
Camarade qui veux lutter autour du drapeau noir,
drapeau d'la liberté, drapeau d'l'espoir,
rejoins le combat du Groupe Ravachol
et n'oublie surtout pas qu'la propriété, c'est l'vol!
Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
qu'avait des idées pas si folles, des idées terroristes.
Viens chez moi, j'habite chez une copine
(R. Séchan)
J'ai l' coeur comme une éponge
Spécial pour fille en pleurs
Heureus'ment pa'c'que ma tronche
C'est pas vraiment une fleur
J'emballe tout c' qui s' présente
Les cousines les belles-soeurs
J'ai l' démon du bas ventre
Mon métier c'est dragueur
Dès que j' rencontre une frangine
J' lui dis : salut toi ça va
Viens chez moi j' habite chez une copine
Sur les bords au milieu c'est vrai qu' je crains un peu
Je glande un peu partout
Avec mon sac de couchage
Je suis dans tous les coups foireux
Tous les naufrages
J'ai des potes qu'ont d' l'argent
Ben y travaillent c'est normal
Moi mon métier c'est feignant
He mec t'as pas cent balles
J'ai des plans des combines
Pour vivre comme un pacha
Hé viens chez moi j'habite chez une copine
Sur les bords au milieu c'est vrai qu' je crains un peu
J'ai même été étudiant
Chômeur baby-sitter
Quand j' pense que mes parents
Voulaient qu' je sois docteur
Parfois quand j'ai du blé
Je flambe comme un malade
L' pognon j' l'ai pas gagné
Mais mon métier c'est minable
Ouah super la rouquine
Hé salut toi ça va
Viens chez moi j'habite chez une copine
Sur les bords au milieu c'est vrai qu' je crains un peu
He viens chez moi j'habite chez une copine
J'ai mon mat'las dans la cuisine
Alors tu viens si tu veux tranquille
Allez viens
Viens chez moi j' habite chez une copine
Allez viens la frangine
Allez viens
Non ah bon d'accord