MARCHE A L'OMBRE

Marche à l'ombre
Quand l'baba-cool cradoque
Est sorti d'son bus Wolkswagen
Qu'il avait garé comme une loque
Devant mon rade
J'ai dis à Bob qu'était au flip
Regarde le mariole qui s'ramène
Vise la déguaine quelle rigolade
Patchouli-patogasses le guide du routard dans la poche
Aré-Krishna à mort ch'veux au hénné oreille percée
Tu vas voir qu'à tous les coups
Y va nous taper cent balles
Pour s'barrer à Katmandou
Ou au Népal
Avant qu'il ait pu dire un mot
J'ai chopé l'mec par l'pal'tôt
Et j'lui ai dis toi tu m'fous les glandes
Pi t'as rien à fout' dans mon monde
Arraches toi d'là t'es pas d'ma bande
Casses toi tu pues et marche à l'ombre
Une p'tite bourgeoise bécheuse
Maquillée comme un carré d'as
A débarqué dans mon gastos
Un peu plus tard
J'ai dis à Bob qu'étais au flip
R'luque la tronche à la poufiasse
Vise la culasse
Et les nibards
Colants léopard homologué chez SPA
Monoï et Shalimar futal en skaï comme Travolta
Qu'est-c'qu'elle viens nous frimer la tête
Non mais elle s'croit au Palace
J'peux pas saquer les starlette
Ni les blondasses
Avant qu'elle ait bu son cognac
J'l'ai chopée par le colback
Et j'lui ai dis toi tu m'fous les glandes
Pi t'as rien à fout' dans mon monde
Arraches toi d'là t'es pas d'ma bande
Casses toi tu pues et marche à l'ombre
Un p'tit rocky barjo
Le genre qui s'est gouré d'trottoir
Est v'nu jouer les Marlon Brando
Dans mon saloon
J'ai dis à Bob qu'avais fait tilt
Arrête j'ai peur c't'un blouson noir
J'veux pas d'histoires
Avec ce clown
Derrière ses pauvr'Rayban
j'vois pas ses yeux et ça m'énerve
Si ça s'trouve y'm'regarde
Faut qu'il arrête sinon je l'crève
Non mais qu'est c'que c'est qu'ce mec
Qui vient user mon comptoir
L'a qu'à r'tourner chez les Grecs
Se faire voir
Avant qu'il ait bu son Viandox
J'l'ai chopé contre l'juke-box
Et j'lui ai dis toi tu m'fous les glandes
Pi t'as rien à fout' dans mon monde
Arraches toi d'là t'es pas d'ma bande
Casses toi tu pues et marche à l'ombre
Pi j'me suis fait un punk
Qu'avait pas oublié d'êtr'moche
Pi un intellectuel en Lodden
Genre Nouvel Obs
Quand Bob a massacré l'flipper
On n'avait plus une tune en poche
J'ai réfléchi et j'me suis dit
C'est vrai que j'suis épais comme un sandwich SNCF
Et que d'main j'peux tomber sur un balèze
Qui m'casse la tête
Si ce mec-là me fait la peau et que j'crève la gueule sur l'comptoir
Si la mort me paye l'apéro d'un air vic'lard
Avant qu'elle m'emmène voir là-haut
Si y'a du monde dans les bistrots
J'lui dirai toi tu m'fous les glandes
Pi t'as rien à fout' dans mon monde
Arraches toi d'là t'es pas d'ma bande
Casses toi tu pues et marche à l'ombre

Les aventures de Gérard Lambert
Quatorze avril 77
Dans la banlieue où qu'y fait nuit
La petite route est déserte
Gérard Lambert rentre chez lui
Dans le lointain les mobylettes
Poussent des cris...
Ça y'est, j'ai planté le décor
Créé l'climat de ma chanson
Ça sent la peur, ça pue la mort
J'aime bien c't'ambiance, pas vous ? ah ! bon...
Voici l'histoire proprement dite
Voici l'intrigue de ma chanson
Gérard Lambert roule très vite
Le vent s'engouffre dans son blouson
Dans le lointain les bourgeois dorment
Comme des cons...
Lorsque soudain survient le drame
Juste à la sortie d'un virage
Y'a plus d'essence dans la bécane
Gérard Lambert est fou de rage !
T'aurais pas dû, Gérard Lambert
Aller ce soir-là à Rungis
T'aurais dû rester chez ta mère
Comme un bon fils
Il met sa mob sur la béquille
S'assied par terre et réfléchit:
Dans cette banlieue de bidonvilles
Y'a pas un pompe ouverte la nuit !
Dans le lointain y'a une sirène
Qui s'évanouit...
Qu'est-c'que j'vais faire. bordel de Dieu ?
J'vais quand même pas rentrer à pied !
Plus y s'angoisse moins ça va mieux
Quand soudain lui vient une idée
J'vais siphonner un litre ou deux
Dans l'réservoir de cette bagnole
Et pi après j'y crève les pneus
Comme ça, gratuitement, par plaisir
Faut bien qu'j'me défoule un p'tit peu
J'suis énervé...
Une fois son forfait accompli
Gérard Lambert va repartir
La mobylette veut rien savoir
C'est le bon Dieu qui l'a puni !
T'aurais pas dû, Gérard Lambert
Aller ce soir-là à Rungis
T'aurais dû rester chez ta mère
Comme un bon fils
Alors, pendant une demi-heure
Dans son moteur il tripatouille
Il est crevé, il est en sueur
Il a du cambouis jusqu'aux coudes
Dans le lointain le jour se lève
Comme d'habitude...
A c'moment-là un mec arrive
Un p'tit loubard aux cheveux blonds
Et qui lui dit comme dans les livres:
S'te-plaît dessine-moi un mouton
Une femme à poil ou un calibre
Un cran d'arrêt, une mobylette
Tout c'que tu veux, mon pote, t'es libre
Mais dessine moi quelqu'chose de chouette !
Dans le lointain y s'passe plus rien
Du moins y m'semble...
Alors, d'un coup d'clé à molette
Bien placé entre les deux yeux
Gérard Lambert éclate la tête
Du Petit Prince de mes deux !
Faut pas gonfler Gérard Lambert
Quand y répare sa mobylette
C'est la morale de ma chanson
Moi j'la trouve chouette
Pas vous ? Ah bon...

Dans mon HLM
Au rez-d'-chaussée, dans mon HLM
Y'a une espèce de barbouze
Qui surveille les entrées,
Qui tire sur tout c' qui bouge,
Surtout si c'est bronzé,
Passe ses nuits dans les caves
Avec son Beretta,
Traque les mômes qui chouravent
Le pinard aux bourgeois.
Y s' recrée l'Indochine
Dans sa p'tite vie d' peigne cul.
Sa femme sort pas d' la cuisine,
Sinon y cogne dessus.
Il est tellement givré
Que même dans la Légion
Z'ont fini par le j'ter,
C'est vous dire s'il est con !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au premier, dans mon HLM,
Y'a l' jeune cadre dynamique,
Costard en alpaga,
C'ui qu'a payé vingt briques
Son deux pièces plus loggia.
Il en a chié vingt ans
Pour en arriver là,
Maintenant il est content
Mais y parle de s' casser.
Toute façon, y peut pas,
Y lui reste à payer
Le lave vaisselle, la télé,
Et la sciure pour ses chats,
Parc' que naturellement
C' bon contribuable centriste,
Il aime pas les enfants,
C'est vous dire s'il est triste !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au deuxième, dans mon HLM,
Y'a une bande d'allumés
Qui vivent à six ou huit
Dans soixante mètres carrés,
Y'a tout l' temps d' la musique.
Des anciens d' soixante-huit,
Y'en a un qu'est chômeur
Y'en a un qu'est instit',
Y'en a une, c'est ma soeur.
Y vivent comme ça, relax
Y'a des mat'lats par terre,
Les voisins sont furax;
Y font un boucan d'enfer,
Y payent jamais leur loyer,
Quand les huissiers déboulent
Y écrivent à Libé,
C'est vous dire s'ils sont cools !
Putain, c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au troisième, dans mon HLM;
Y'a l'espèce de connasse,
Celle qui bosse dans la pub',
L'hiver à Avoriaz,
Le mois d' juillet au Club.
Comme toutes les décolorées,
Elle a sa Mini-Cooper,
Elle allume tout l' quartier
Quand elle sort son cocker.
Aux manifs de gonzesses,
Elle est au premier rang,
Mais elle veut pas d'enfants
Parc' que ça fait vieillir,
Ca ramollit les fesses
Et pi ça fout des rides,
Elle l'a lu dans l'Express,
C'est vous dire si elle lit !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Au quatrième, dans mon HLM,
Y'a celui qu' les voisins
Appellent " le communiste ",
Même qu'ça lui plaît pas bien,
Y dit qu'il est trotskiste !
J'ai jamais bien pigé
La différence profonde,
Y pourrait m'expliquer
Mais ça prendrait des plombes.
Depuis sa pétition,
Y'a trois ans pour l' Chili,
Tout l'immeuble le soupçonne
A chaque nouveau graffiti,
N'empêche que " Mort aux cons "
Dans la cage d'escalier,
C'est moi qui l'ai marqué,
C'est vous dire si j'ai raison !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !
Pi y'a aussi, dans mon HLM,
Un nouveau romantique,
Un ancien combattant,
Un loubard, et un flic
Qui s' balade en survêtement
Y fait chaque jour son jogging
Avec son berger all'mand,
De la cave au parking,
C'est vachement enrichissant.
Quand j'en ai marre d' ces braves gens
J' fais un saut au huitième
Pour construire un moment
'vec ma copine Germaine,
Un monde rempli d'enfants.
Et quand l' jour se lève
On s' quitte en y croyant,
C'est vous dire si on rêve !
Putain c' qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !

La teigne
L'était bâti comme un moineau
Qu'aurait été malade.
A la bouche, derrière son mégot,
Y'avait des gros mots en cascades.
L'était pas bien gros, c't'asticot,
Mais c'était une vrai boule de haine,
On y filait plein d'noms d'oiseaux.
Même ceux qui l'connaissaient qu'à peine
L'app'laient la teigne.
Il avait pas connu ses vieux,
Il était d'l'Assistance,
Ce genre d'école, pour rendre joyeux,
C'est pas exactement Byzance.
D'ailleurs on lisait dans ses yeux
Qu'pour qu'y soit bien fallait qu'on l'craigne,
Si tu rentrais pas dans son jeux,
Putain ! C'que tu r'cevais comme beignes,
C'était une teigne.
Avec les gonzesses, les mich'tons,
L'était encore plus vache :
J'te pique tes sous, j'te fous des gnons,
Tu tombes amoureuse et j'm'arrache.
Pour sa p'tite gueule, ses poings d'béton,
Plus d'une se s'rait j'tée à la Seine,
Elles lui parlaient d'amour, d'passion,
Y répondait pas des châtaignes,
C'était une teigne.
L'avait pas fêté ses vingt berges
Quand, une nuit de novembre,
On l'a r'trouvé, raide comme un cierge,
Pendu au beau milieu d'sa chambre.
Si y'a un bon Dieu, une Sainte Vierge,
Faut qu'ils l'accueillent à leur enseigne,
Parc'qu'avant d'passer sur l'autr' berge
Y m'avait dit: personne ne m'aime,
J'suis qu'une pauv' teigne.
Mais moi qui l'ai connu un peu,
Quand parfois j'y repense,
Putain ! C'qu'il était malheureux !
Putain ! C'qu'y cachait comme souffrance
Sous la pâle blondeur de se frange,
Dans ses yeux tristes, dans sa dégaine.
Mais j'suis sûr qu'au ciel c'est un ange,
Et quand j'pense à lui mon coeur saigne.
Adieu la teigne...

Où c'est qu'j'ai mis mon flingue?
J'veux qu'mes chansons soient des caresses,
Ou bien des poings dans la gueule.
A qui qu'ce soit que je m'agresse,
J'veux vous remuer dans vos fauteuils.
Alors écoutez moi un peu,
Les pousse-mégots et les nez-d'boeux,
Les ringards, les folkeux, les journaleux.
D'puis qu'y'a mon nom dans vos journaux,
Qu'on voit ma tronche à la télé,
Où j'vends ma soupe empoisonnée,
Vous m'avez un peu trop gonflé.
J'suis pas chanteur pour mes copains,
Et j'peux être teigneux comme un chien.
J'déclare pas, avec Aragon,
Qu'le poète a toujours raison.
La femme est l'avenir des cons,
Et l'homme n'est l'avenir de rien.
Moi, mon av'nir est sur le zinc
D'un bistrot des plus cradingues,
Mais bordel! où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
J'vais pas m'laisser emboucaner
Par les fachos, pas les gauchos,
Tous ces pauvr' mecs endoctrinés
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Tous ceux qui m'traitent de démago
Dans leur torchons qu'j'lirai jamais :
« Renaud c'est mort, il est récupéré »
Tous ces p'tits-bourgeois incurables
Qui parlent pas, qu'écrivent pas, qui bavent,
Qui vivront vieux leur vie d'minables,
Ont tous dans la bouche un cadavre.
T't'façon, j'chante pas pour ces blaireaux,
Et j'ai pas dit mon dernier mot.
C'est sûr'ment pas un disque d'or,
Ou un Olympia pour moi tout seul,
Qui me feront virer de bord,
Qui me feront fermer ma gueule.
Tant qu'y'aura d'la haine dans mes s'ringues,
Je ne chant'rai que pour les dingues,
Mais bordel ! Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
Y'a pas qu'les mômes, dans la rue,
Qui m'collent au cul pour une photo,
Y'a même des flics qui me saluent,
Qui veulent que j'signe dans leurs calots.
Moi j'crache dedans, et j'cris bien haut
Qu'le bleu marine me fait gerber,
Qu'j'aime pas l'travail, la justice et l'armée.
C'est pas d'main qu'on m'verra marcher
Avec les connards qui vont aux urnes,
Choisir c'lui qui les f'ra crever.
Moi, ces jours-là, j'reste dans ma turne.
Rien à foutre de la lutte de crasse,
Tous les systèmes sont dégueulasses !
J'peux pas encaisser les drapeaux,
Quoiqu'le noir soit le plus beau.
La marseillaise, même en reggae,
Ça m'a toujours fait dégueuler.
Les marches militaires, ça m'déglingue
Et votr' République, moi j'la tringle,
Mais bordel ! Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?
D'puis qu'on m'a tiré mon canif,
Un soir au métro Saint-Michel,
J'fous plus les pieds dans une manif
Sans un nunchak' ou un cocktail
A Longwy comme à Saint-Lazare,
Plus de slogans face aux flicards,
Mais des fusils, des pavés, des grenades !
Gueuler contre la répression
En défilant « Bastille-Nation »
Quand mes frangins crèvent en prison
Ça donne une bonne conscience aux cons,
Aux nez-d'boeux et aux pousse-mégots
Qui foutent ma révolte au tombeau.
Si un jour j'me r'trouve la gueule par terre,
Sûr qu'ça s'ra d'la faute à Baader.
Si j'crève le nez dans le ruisseau,
Sûr qu'ça s'ra d'la faute à Bonnot.
Pour l'instant, ma gueule est sur le zinc
D'un bistrot des plus cradingues,
MAIS FAITES GAFFE ! J'AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE !

It Is Not Because You Are
When I have rencontred you,
You was a jeune fille au pair,
And I put a spell on you,
And you roule a pelle to me.
Together we go partout
On my mob il was super
It was friday on my mind,
It was story d'amour.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
You was really beautiful
In the middle of the foule.
Don't let me misunderstood,
Don't let me sinon I boude.
My loving, my marshmallow,
You are belle and I are beau
You give me all what You have
I say thank you, you are bien brave.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
I wanted marry with you,
And make love very beaucoup,
To have a max of children,
Just like Stone and Charden.
But one day that must arrive,
Together we disputed.
For a stupid story of fric,
We decide to divorced.
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.
You chialed comme une madeleine,
Not me, I have my dignité.
You tell me : you are a sale mec !
I tell you : poil to the bec !
That's comme ça that you thank me
To have learning you english ?
Eh ! That's not you qui m'a appris,
My grand father was rosbeef !
It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.

Baston !
Les poings serrés au fond des poches de son blouson,
Angelo flippe à mort, il est encore plombé,
Il accuse le bon Dieu de la fatalité,
Mais, au fond d'sa caboche, y s'fait pas d'illusions :
A force de cartonner, dans tous les azimuts,
Des gonzesses qu'ont le coeur planté en haut des cuisses,
La rouquine du pressing, des minettes ou des putes,
Sûr qu'il a pas fini d's'en choper des choses tristes.
Y rêvait d'une gonzesse qu'aurait été qu'à lui,
Belle comme un tatouage mais quand même intelligente,
Qu'il aurait pu aimer un peu comme un ami,
L'a une envie d'crever qui lui r'monte du bas-ventre.
Alors ce soir, à la foire,
Avec deux trois lascars,
Il ira au baston, au baston,
Comme le prolo va au charbon,
Il ira au baston, au baston,
Fil'ra des coups, prendra des gnons,
C'est p't'êtr' con, mais tout est con !
Les poings serrés au fond des poches de son blouson,
Angelo flippe à mort, il est encore viré,
C'est l'quatrième boulot depuis l'début d'l'année,
T't'façon y s's'rait barré, mais, où il est marron,
C'est qu'y s'était promis, avant d'décaniller,
De s'faire le coffre-fort dans l'bureau du premier,
Et la peau du p'tit chef, qu'a jamais pu l'saquer
Pass'qu'y rangeait sa mob devant le box du patron.
Y rêvait d'un travail où faudrait pas pointer
Où tu pourrais aller que quand t'en a envie,
Que tu f'rais par plaisir, pas pour gagner du blé,
Y paraît qu'ça existe, dans la philosophie.
Alors ce soir, à Pantin
Avec tous ses copains,
Il ira au baston, au baston,
Comme le prolo va au charbon,
Il ira au baston, au baston,
Fil'ra des coups, prendra des gnons,
C'est p't'êtr' con, mais tout est con !
Les poings serrés au fond des poches de son blouson,
Angelo flippe à mort en découvrant l'chantier
Dans la turne glacée en haut du pavillon
Où ses parents s'engueulent à longueur de journée.
Y trouve plus sous son pieu sa collec' de Play-boy,
Sa mère a bazardé sa rouleuse et son herbe,
Son connard de p'tit frère est v'nu jouer aux cow-boy
Dans sa piaule, c'est l'boxon et ça lui fout la gerbe !
Y rêvait d'une famille qu'y faudrait pas subir,
Des parents qui s'raient pas des flics ou des curés,
Pour pas d'venir comme eux y voudrait pas vieillir,
Et pour jamais vieillir y sait qu'y doit crever !
Alors ce soir au baloche,
Avec son manche de pioche,
Il ira au baston, au baston,
Comme le prolo va au charbon,
Il ira au baston, au baston,
Fil'ra des coups, prendra des gnons,
C'est p't'êtr' con, mais tout est con!...

L'auto-stoppeuse
Elle s'emmerdait Place Saint-Michel, avec des cons,
elle descendait place de l'Horloge, en Avignon,
s'emmerder avec des vieux chnoques,
de vingt-cinq berges
qui r'viennent des Indes ou du Maroc
et qui s'gobergent,
assis sur des sacs de couchage
plutôt cradoques.
Sous leurs pavés, c'est p't'être la plage,
mais elle est moche !

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

J'l'ai prise en stop à la porte de Vanves, un soir de juin,
l'est montée dans ma Ford Mustang, avec son chien,
un dobermann complètement barge
qu'avait très faim,
qu'a mis des poils et pi d'la bave
plein mes coussins.
Elle a r'tiré ses charentaises,
bonjour l'odeur,
pour roupiller super à l'aise
pendant trois heures !

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

En s'reveillant l'avait la frite,
elle m'a parlé
d'un pote à elle qu'est journaliste
à V.S.D,
qu'écrit parfois dans Rock and Folk,
sous un faux nom,
pi qui s'rait pédé comme un phoque,
mais loin d'être con.
J'lui ai dit : boucle-là, tu m'emmerdes
avec tes salades,
pi tu m'enfumes avec ton herbe
ça m'rend malade !

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

On s'est arrêté pour bouffer
après Moulins,
et Jacques Borel nous a chanté
son p'tit refrain :
le plat pourri qui est le sien,
j'y ai pas touché,
tiens, c'est pas dur, même le clébard
a tout gerbé !
Ma stoppeuse s'est rempli l'tiroir
sans rien moufter,
elle était raide, comme par hasard,
j'ai tout casqué !

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

Quand j'lui ai proposé la botte,
sans trop y croire,
elle m'a dit : cause toujours, mon pote,
t'est qu'un ringard !
Alors, pour détendre l'atmosphère,
très glauque, très punk,
j'mets une cassette de Starshooter
dans mon Blaupunkt.

Ell' m'dit : j'préfère le rock'n-roll,
c'est plus l'éclate.
Je l'ai gerbé de ma bagnole
à grands coups d'lattes.

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

Elle s'est r'trouvé sur l'macadam
‘vec ses gamelles,
son sac à dos, son dobermann,
bien fait pour elle,
terminé pour moi les campeuses,
j'ai eu ma dose,
me parlez plus d'auto-stoppeuse
ça m'rend morose !
J'veux plus personne dans ma bagnole,
j'suis mieux tout seul,
j'conduis d'une main, d'l'autre j'picole
j'me fends la gueule !

Elle était un p'tit peu campeuse,
un p'tit peu auto-stoppeuse,
j'l'aurais préférée vicieuse, voire allumeuse !

Mimi l'ennui
Y'a des jours, elle est belle.
Y'a des jours, elle est moche.
Ça dépend du rimmel
Qu'elle se fout sur la tronche.
Mais y'a rien qui l'accroche,
faut la s'couer pour qu'elle bronche.
Elle veut pas travailler,
elle a un peu raison.
T't'façon, elle sait rien faire,
Pi, même si elle savait,
L'aime pas les ouvriers,
Elle aime pas les patrons,
Elle s'intéresse à rien.
Elle croit pas à la chance,
Elle croit pas au destin,
Du reste elle s'en balance.
Elle aime rien, même pas les copains,
Pi elle dit qu'elle est lasse
De traîner sa carcasse
Dans c'pauv' monde tout gris,
Dans cette pauv' vie sans vie.
Elle s'ennuie.
Mimi...
Quand elle était plus p'tite,
Elle voulait faire actrice,
Ramasser plein d'pognon,
Vivre jeune, mourir vite.
Mais les figurations
Dans les feuill'tons-télé
Ça cach'tonne à dix sacs,
Et pi dans la coulisse
Y'a des jours où tu craques.
Tu tombes sur des givrés
Qui veulent te faire tourner
Du côté du hamac.
Alors, elle aime plus ça,
L'a plus la vocation,
Même sa peau elle l'aime pas
Elle a plus d'ambitions.
Elle aime rien, même pas les copains,
Pi elle dit qu'elle est lasse
De traîner sa carcasse
Dans c'pauv' monde tout gris,
Dans cette pauv' vie sans vie.
Elle s'ennuie.
Mimi...
Elle est maquée avec
Une espèce de p'tit mec
Qui bosse dans la musique,
Qui va p't'être faire un disque.
Qu'a d'jà fait une maquette
Même qu'elle lui dit qu'c'est beau,
Qu'on dirait du Lou Reed,
Qu'ça r'ssemble à du Rimbaud.
Elle en croit pas un mot,
Mais faut bien dire que'qu'chose
Si elle veut pas prendre un bide
Quand parfois y z'en causent.
Mais en fait elle s'en fout,
De c'mec qu'est v'nu un jour
Lui proposer la botte,
Qu'a jamais mis les bouts.
Elle aime rien, même pas les copains,
Pi elle dit qu'elle est lasse
De traîner sa carcasse
Dans c'pauv'monde tout gris,
Dans cette pauv'vie sans vie.
Elle s'ennuie.
Mimi...
Elle voulait une maison
Avec des baldaquins,
Pi une machine à coudre,
Des fleurs et des coussins,
Pi p't'être même un lardon,
Maint'nant elle vaut plus rien.
Parc'qu'y faut jouer des coudes,
Même pour trois fifrelins,
Elle dit que tout l'emmerde,
Que les gens sont méchants,
Qu'elle a plus rien à perdre,
Qu'elle est toute vide dedans,
Qu'elle voudrait bien, le soir,
Sans déranger son monde,
Crever toute seule dans l'ombre,
Pour sortir du brouillard.
Elle aime rien, même pas les copains,
Pi elle dit qu'elle est lasse
De traîner sa carcasse
Dans c'pauv' monde tout gris,
Dans cette pauv' vie sans vie.
Elle s'ennuie.
Mimi...